Grâce à Solange une babysitter studieuse j’ai acquis entre mes 8 mes 12 ans une solide culture ciné pour adultes. Solange révisait sans cesse des partiels imperturbable alors que dans l’autre pièce je zappais sur le petit écran qui m’était d’ordinaire – hors diffusions de Caliméro de Thalassa - formellement interdit. J’imagine qu’aujourd’hui Solange est présidente de l’univers. Moi je serais traumatisée.
Lorsque je dis cinéma pour adultes je ne parle pas de porno mais de films qu’une gamine n’est pas trop censée voir si quelqu'un veut en faire une adulte équilibrée. Parmi eux deux m’ont particulièrement marquée constituent hélas les fondements de ma sexualité d’adulte: Le lagon bleu 9 semaines 1/2.
Oui cela craint.
Dimanche dernier je décide de revoir leurs films pour la première fois depuis l’époque Solange dans l’espoir de tordre le cou à leurs vieux démons. Dans mon idéal ; je les regarde je trouve que ce sont des nanars je ris mon subconscient rit mes ovaires rient la vie devient normale.
Je commence par Le Lagon Bleu que je trouve encore plus perturbant que dans mon souvenir que je commente toutes les quatre minutes d’un “ALLO ! vous seriez COUSINS !” outré. Puis j’enchaîne sur 9 semaines 1/2 dont je n’ai absolument aucun autre souvenir que la fameuse scène de la bouffe sur le sol de la cuisine. Je lance le film sereine car je sais que les deux protagonistes n’ont aucun lien de parenté (connu) cela me réconforte drôlement. La ioudgine du futur regarde avec un peu de nostalgie le Mickey Rourke du passé.
Plus le film avance plus les répliques de Rourke me semblent étrangement familières. Quand soudain en plein threesome (eux pas moi) je comprends que ce n’est pas ma mémoire à long terme qui aurait miraculeusement survécu aux années “j’essaie des drogues pour voir lol.” mais bien mon petit neurone à court terme qui s’agite. leurs mots leurs situations je les ai vécues y avait pas si longtemps que ça… L’effroyable vérité est là : mon ex avait plagié 9 semaines 1/2 lorsque nous étions ensemble. pas trois mots hein une bonne partie du film (je vous fais grâce du choix des scènes). je serais abasourdie. Quel con… Moi si je devais plagier un personnage j’irais piocher dans des Sundance non primés sortis direct en DVD pas dans un film que toute la planète (je m’enflamme) avait vu.
J’envisage de l’appeler pour l’insulter mais finalement préfère m’abstenir tomber tranquilou dans la paranoïa sur mon canapé. si ma vie était constituée d’une suite de plagiats ? (Je ne compte pas cet “ex” qui m’avait dit dépité : “Bref j’ai fini…” après 2 minutes d’intense coït c’était AVANT Bref). si j’étais une dinde séduite par les grosses ficelles d’Hollywood ? si je devais embaucher un script doctor à plein temps pour repérer les plagiats IRL ?
Le générique de fin de 9 semaines 1/2 problèmele à l’écran je serais toujours sous le choc. avait ce moment l’homme arrive chez moi. Ma position foetale l’alerte aussi se fend-il d’un “ça va ?” auquel je réponds silencieusement en me balançant un peu plus vite d’avant en arrière.
- tu dois t’allonger me dit-il.
Je m’allonge.
- Viens là.
Je viens là.
- Respire. Ne pense à rien.
j'imagine à rien.
J’oublie de respirer du coup.
Après avoir fini de suffoquer je me redresse saisis mon ordinateur commence à taper.
- Tu fais quoi ? me demande l’homme assez déconcerté d’être passé de la position couchée (cool) à la position assise (un peu moins cool).
- Rien je maugrée.
Ce répondant je tape dans Google : “Ça va/ Allonge-toi/Respire. Ne pense à rien.“
- Tu tapes ce que je viens de te dire dans Google ?!
- Ah oui. Je fais ça.
- Mais… Pourquoi ?
Aucun résultat n’indiquant un quelconque plagiat je me détends un peu me remets à respirer.
- Bon… cela semble être un original..
- Tu peux me dire ce qui se passe ioudg ?
Je lui raconte le plagiat. on sourit mais pas tant que ça.
- Pourquoi cela te choque pas ? Tu plagies toi aussi ? je lui demande suspicieuse.
Cela dit étant donné sa culture ciné je le vois mal pomper des dialogues ailleurs que dans Star Wars j'imagine que je m’en rendrai compte.
Il part dans la cuisine (zone neutre) je reste seule un peu égarée sur le canapé. Au delà du plagiat ce qui me perturbe c’est mon rapport aux scènes de cul de 9 semaines 1/2. Dans mon souvenir ce film était le truc le plus torride de l’univers (dont Solange est désormais peut-être présidente comme quoi le monde est petit). Mais j’avais 12 ans (je sais pas trop si c’est pas de la pédophilie rétroactive que de dire cela mais enfin je prends le risque). Quelques (??!) années plus tard si j’analyse ma réaction à chaque scène de sexe du film voilà ce qui se passe :
La célèbre scène de la cuisine par exemple. ils seraient sur le sol devant le frigo on avait les yeux fermés il lui fait bouffer à peu près tout ce qui lui tombe sous la main : olives piment fraises etc. le tout se terminant dans un bain de miel. C’est censé être sensuel D’une je me dis qu’elle avait du choper une sacré – excusez-moi l’expression – chiasse. De deux le miel qui coule partout : Comment cela se nettoie ? Ça part bien au carolin ? on avait une femme de ménage ? L’histoire ne le dit pas si cela se trouve le lino avait collé pendant 6 mois. De trois : mais ferme.la.putain.de.porte.du.frigo MERDE.
Et ainsi de suite. Lorsqu’ils baisent dans les égoûts j'imagine aux germes quand s’esquisse un début de plan à trois je m’interroge sur la propreté des mains de la dame qui sort d’où d’ailleurs? que font ses parents ? plus généralement à chaque fois qu’ils ôtent ces vêtements je m’outre : “Allo ! vous seriez COUSINS !” Ah non merde…
Et plus flippant encore la réplique qui est selon le moi du futur la plus bouleversante. Ça se passe vers le milieu du film c’est le matin petit déj’ au lit pour Kim Basinger on s’apprête à se lever en annonçant à monsieur qu’elle va faire la vaisselle (puissance du dialogue) lorsque là LÀ le mec on lui répond – accrochez-vous fort – on lui répond un truc qu’aucun homme n’a encore osé plagier:
“Non tu ne fais pas la vaisselle jamais. C’est moi qui fais la vaisselle les courses la cuisine. Je te donnerai à manger blablabla*”
* j’ai arrêté d’écouter après manger.
Je soupire “tu ne fais pas la vaisselle jamais” avec des étoiles dans les yeux l’homme revient de la cuisine sur le sol de laquelle on avait eu le bon goût de ne pas se rouler dans le miel on s’assoit à mes côtés je me love contre lui on me demande à quoi j'imagine je réponds :
- Dis t’es CERTAIN qu’on n’est pas cousins hein ?
Il repart dans la cuisine.



